La saga de Svaldina est le fruit de la rencontre enthousiaste entre deux styles musicaux qui m’ont hanté depuis des lustres : le métal épique et la musique ancienne du 15e siècle... Bien que séparées dans le temps par 500 ans d’histoires, ces musiques m’ont toujours semblé provenir d’une même époque, être issues d’une même pensée. L’aspect à la fois rude et sophistiqué de ces sonorités, plus près de la terre que de la salle de concert, fournit selon moi un excellent terreau pour l’imagination...

La démocratisation de la technologie ayant pourvu le profane des mêmes outils que le professionnel, l’accès aux synthétiseurs ont rendu possible la réalisation d'un tel « album concept », entièrement réalisé à la maison... Ces timbres d’une autre époque deviendraient donc ma palette!

À l’origine, il n’y avait pas de trame précise pour l’histoire. En fait, il n’y avait pas d’histoire du tout! Tout ce que je savais, c’est que je voulais ébaucher une série de tableaux musicaux indépendants, me servant de figure d’une reine mythique en guise d’élément unificateur.

C’est en faisant la navette entre la table à dessin et le clavier MIDI que s’est peu à peu construite la saga de Svaldina. Je savais aussi que je voulais fonctionner par archétypes, par grands thèmes universels... Il y aurait donc un couronnement, une messe noire, une grande bataille, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’une trame s’impose d’elle-même. Mon intention était de partir du général, pour m’orienter lentement vers le particulier.      

Les pièces musicales furent composées dans le désordre, au gré de l’inspiration et des disponibilités, entre le printemps de l’année 2001 et aujourd’hui.

Les paramètres stylistiques se sont imposés d’eux-mêmes.

L’univers de Svaldina serait inspiré de la Russie médiévale, et une obscure aura gothique viendrait alourdir l’ensemble. J’ai essayé d’éviter le piège d’une histoire trop Fantasy, à la trame improbable et abracadabrante : Svaldina serait un récit initiatique classique, et se devait d’être vraisemblable. Dans la mesure du possible, Hamlet l’emporterait toujours sur le Seigneur des anneaux.

Afin de conserver la vision gothique de l’ensemble, j’ai choisi de recourir aux monuments de pierre pour représenter mes concepts. À mi-chemin entre la stèle funéraire et la statue, ceux-ci navigueraient dans  un environnement neigeux, abandonnés aux éléments pour l’éternité.

J’aurais pu me laisser aller à de grandes fresques colorées, pleines de faste et de clinquant, mais cela aurait dilué le côté introspectif de l’oeuvre. Le « dynamisme tranquille » m’a toujours paru une meilleure approche pour cultiver la rêverie, car selon moi, une belle image doit aussi avoir une
« durée » dans le temps... La mélancolie est un sentiment qui se laisse lentement infuser. Ça, les romantiques l’avaient bien compris. 

Étant donné la nature monochromatique des éléments à représenter, mon choix s’est porté spontanément sur les feutres gris pour l’exécution des études. Les illustrations couleurs furent quant à elles peintes numériquement, à l’aide des logiciels Photoshop et Painter

C’est par cette esquisse rapide griffonnée à la sauvette sur les heures de travail, que le projeta donné son coup d’envoi. Elle représentait une mystérieuse reine à saveur slave. Sur sa tête, un casque aux folles ramifications irradiait un motif à la silhouette quasi-électrique , à la manière d’un résonateur Tesla... Un oeil omniscient rayonnant au sommet d’une pyramide.

 

Les ramifications céphaliques sont vite devenues une composante incontournable du style. Inspiré par les anciennes pièces de monnaie de l’Antiquité, j’ai tenté de créer une figure héraldique pour notre héroïne, un genre de logotype minéral.

La liste des paramètres visuels de Svaldina fut dressée assez rapidement, et s’identifie aisément dans ce dessin, qu’on pourrait très bien considérer comme une « clé stylistique » du projet. On y retrouve un personnage inquiétant, aux mains recouvertes d’une longue lame, qu’on devine être un prêtre ou quelque chose du genre. Il s’agît de l’émissaire des Géants de la pièce « La danse du bouc », et son rôle est de renouveler l’alliance avec Démerlic, via la communion dans le sang d’un animal. Comme c’est le cas pour la plupart des esquisses du projet, je ne savais pas vraiment où je m’en allais lorsque j’ai couché cette étude : la musique est venue après, apportant son lot de réponses... et de nouveaux questionnements!

Svaldina vient d’arriver à la cour de Démerlic, et après un accueil assez incongru qui la laisse perplexe, se recueille pour méditer dans sa chambre. Rendre la légèreté des tentures diaphanes avec des éléments rocheux était un exercice plutôt amusant. J’ai toujours aimé traiter les objets comme s’ils étaient dotés d’une vie propre. J’ai cru que le côté humble et vulnérable de Svaldina serait bien rendu ici, en suggérant que les draperies fussent en fait de grands juges à la silhouette fantomatique, qui soupèseraient la pertinence des questionnements de la future souveraine.

Ce dessin ne renvoie à aucune scène en particulier, mais reste dans cette intention de vouloir traduire les mouvements de la nature sous forme de matière solide, perceptible à l’oeil nu. Je voulais figer dans la pierre ce qui de prime abord, ne semble pouvoir être ressenti que sous forme atmosphérique. Svaldina est un projet avant tout animiste. Le sentiment épique vrai ne saurait être représenté adéquatement sans transformer chaque parcelle de l’univers en un acteur potentiel. C’était aussi une référence aux nombreux phénomènes d’apparitions de la Sainte Vierge à travers l’histoire, le culte marial ayant toujours été au coeur des considérations des romantiques.

Pour le couronnement et le mariage de Svaldina, j’ai tout simplement créé un symbole de fécondité.  La cathédrale devenant un corps féminisé, fécondé par des personnages en forme de semence. Quand j’ai réalisé cette recherche, j’ignorais en grande partie les lignes conductrices de l’histoire, et j’ai traité les références à l’union royale en termes de reproduction et de continuité. Quoique dans l’histoire finale, les relations affectives entre le roi et Svaldina soient à peine abordées, on devine aisément que Démerlic méprise et ignore son épouse, en qui il ne voit qu’une source potentielle de réprobation. Je crois d’ailleurs qu’une nouvelle pièce musicale sera ajoutée à la saga lors d’une prochaine mise à jour, afin de mieux définir le clivage entre les époux royaux.

En premier lieu, j’ignorais qui devait être cette pauvre gisante abandonnée dans la neige, mais j’avais l’intuition qu’elle devait tenir un rôle déterminant dans le déroulement de la saga... Le personnage de Pirpinie est par la suite devenu la jeune soeur de Svaldina, et sa mort devait finalement symboliser la coupure de la reine d’avec sa vie antérieure. Elle est comme la première réponse au questionnement de Svaldina pendant le soliloque, à savoir que tout ce qu’elle avait connu jusqu’à présent n’existerait plus... Pirpinie, c’était mon Ophélie slave!

Afin de souligner l’isolement de la nouvelle reine, j’ai choisi de la représenter seule au centre d’un pavillon au coeur la forêt. Des statues çà et là gravitent autour d’elle, en continuité avec l’archétype du souverain « centre de l’univers ».

Il ne faudrait pas percevoir Démerlic comme un vilain charismatique doué d’une puissance de caractère hors du commun. Bien au contraire! Il s’agit d’un ersatz d’humain d’une extrême faiblesse, d’un fantôme sans personnalité dont la plus grande vertu est de générer une ombre au sol. Son absence de conscience fait la joie de sa cour de pervers, qui peuvent s’abandonner à leurs viles pulsions sans crainte d’être inquiétés. Le crédo de Démerlic, c’est la dilapidation du patrimoine anhédonien!... Dans le petit croquis ci-haut, j’ai voulu décrire ce que ressent le fou, lorsque le miroir ne reflète plus la beauté du corps, mais le purin de l’âme.

Le thème du voyage me semblait être un incontournable dans cette saga. Comme le palais royal n’inspirait que névrose et claustrophobie, il m’apparaissait évident qu’un éloignement momentané de la capitale anhédonienne ne pourrait qu’aider à souligner la quête d’ouverture de la nouvelle reine. J’aimais bien l’idée de suggérer le mouvement des vagues en utilisant les dénivellements de la surface enneigée. Si on compare la taille du vaisseau à l’arrière-plan avec les arbres de la forêt qui l’entoure, on ne peut qu’être souflés par la magnificence de ces navires!

J’avais commencé à retravailler le design des bateaux, car je trouvais leur aspect beaucoup trop classique. Il était selon moi important de souligner l’ingéniosité du peuple anhédonien, et je croyais que l’utilisation d’une technologie archaïque, comme les roues à aubes, pourrait m’aider à véhiculer ce sentiment.

L’objectif de cette expédition m’a paru de prime abord assez évident : Svaldina partirait à la recherche des racines de son nouveau peuple. Elle chercherait à comprendre pourquoi cette fascinante culture avait pu en arriver à un tel niveau de décrépitude, et de quelle façon elle pourrait contribuer à dénouer ce noeud gordien.

Comme les paramètres artistiques du projet (des statues dans la neige) m’interdisaient de montrer des intérieurs, et que la majeure partie de la composition « La vallée des Mages » se déroulait dans les salles d’un sanctuaire rupestre, j’ai dû recréer le lieu de manière symbolique, à l’extérieur. J’ai opté pour un gigantesque monument à mi-chemin entre les shortens tibétains et les stupas indiens...

La silhouette en forme de cloche allongée était constituée de deux groupes de personnages superposés, tenant entre leurs mains des parchemins déroulés, symbolisant les connaissances anhédonniennes offertes au monde. Les longues cagoules entrelacées visaient à suggérer des serpents jaillissants de la terre, venant offrir la sagesse aux hommes.

Les portails répartis en cercle autour de la structure se voulaient une allusion aux diverses salles visitées par Svaldina et ses compagnons à l’intérieur du sanctuaire.   

Ce dessin  représente le triomphe de Svaldina sur le régime de Démerlic. Le contexte de sa réalistion fut complètement surréaliste, car les attentats du 11 septembre 2001 survinrent onze jours plus tôt!... De représenter la victoire de l’Ordre sur le Chaos me semblait rempli de contradictions, suite à un évènement qui devait engendrer les obscènes incongruités du régime de Bush Jr... Au moment où Svaldina apportait à son peuple l’espoir de jours meilleurs, une bande de criminels ayant kidnappé la Maison-Blanche allait plonger le monde civilisé dans les ténèbres.

Comme une fresque à saveur épique ne saurait se priver d’une scène de bataille, je me suis pris à imaginer de quoi pourrait avoir l’air le personnage de « La Mort », fauchant avec joie et allégresse des milliers de vies sur le champ d’ « honneur ». Des éclats de statues de soldats fracassées tourbillonnent dans la poudrerie, tandis que la Mort fauche à la dérobée tout ce qui se trouve dans son giron létal... Je me souviens que j’écoutais en boucle la pièce «Moondance » de Nightwish en réalisant ce dessin, car je trouvais le côté festif de cette musique tout à fait approprié pour souligner la nature absurde de la guerre.

Ce dessin se voulait une représentation de « l’après-guerre »... Comme si à l’endroit où un soldat avait rendu l’âme, une pierre tombale céleste apparaissait, en flottant pour l’éternité au-dessus du lieu de la mort de celui-ci. Ce côté métaphysique dans l’approche stylistique de Svaldina m’a toujours paru libérateur, en apportant une légèreté et une transparence aérienne à un récit initiatique empesé d’insalubrité mentale. Face à la lourdeur de la musique aux accents archaïques, j’ai toujours essayé d’opposer un contrebalancier lumineux... Un vitrail sonore!

À ce stade-ci, je savais que la bataille prévue se ferait contre une armée de géants. Bataille que Svaldina remporterait, bien sûr. La scène saisie dans l’esquisse précédente représente encore une « après-guerre »... Cette solitude du soldat qu’on abandonne sur les lieux du combat m’intéressait beaucoup plus que l’envolée « héroïque » d’une bande d’écervelés qu’on envoie s’entre égorger pour des raisons plus ou moins obscures. Ici, une petite fille guillerette se baladait sur le champ de mort, récoltant avec délectation les jolies plumes colorées ornant les casques des colosses défunts.

Le visuel de ce dessin m’avait été inspiré directement d’une chanson de l’album « Magica » de Ronnie James Dio, où il disait :

No one sees an angel till it smashes to the ground

And then you run somewhere

And leave it lying there

J’avais donc traité le géant trépassé comme un gros ange de la mort tombé du ciel, et qui ne ferait plus peur à personne. La preuve étant que même les petites filles osent s’en approcher pour lui voler ses plumes. Les ailes avaient été suggérées subtilement avec la carcasse d’une machine de guerre éventrée derrière la butte de neige.

La victoire sur l’armée des géants et l’extirpation d’une clé de la tête de son chef auraient pour but de libérer des entrailles de la terre les « Accordeurs de monde », un groupe de sages ancestraux, dont les enseignements auraient contribué au développement de l’Anhédonia. Ils sont un symbole de retour à l’équilibre. Dans la pièce musicale qui porte leur nom (à venir), les Accordeurs de monde refaçonneront complètement les lieux et les êtres, dans le grand fracas de leurs trompettes fantastiques! Il s’agit bien sûr d’une image poétique. Leur figure emblématique représente plutôt le travail et les efforts déployés par Svaldina et son peuple, afin de restaurer leur dignité d’humains. Ils représentent l’étincelle d’espoir nécessaire pour retrouver la confiance. La foi « qui déplace des montagnes »!

La large bande de personnages qu’on retrouve en page d’accueil de ce site fut conçue à une époque où je prévoyais présenter la saga musicale de Svaldina au public sous forme de CD audio. Nous aurions retrouvé cette tapisserie de pierre au milieu du livret imprimé.

Fort heureusement, le format horizontal de l’écran d’ordinateur se prêtait bien à la nouvelle vocation de l’oeuvre.

Les motifs décoratifs que l’on retrouve sur les pavés de présentations des pièces musicales ont tous été générés avec l'outil kaléidoscope du logiciel Painter, en utilisant les formes déjà présentes dans la rangée de personnages de la page d’accueil.Les nouvelles figures engendrées par cet outil sont d’une telle beauté, que j’ai décidé de vous en faire une petite galerie, juste pour le plaisir!

Ceci n'est pas la mouture définitive de Svaldina. Le projet continuera à évoluer au fil du temps!...

L'histoire originale restera la même, mais deux compositions viendront bientôt clore la saga...
Il n'est pas exclu que j'ajoute deux ou trois pièces additionnelles, afin de mieux définir certains aspects de l'histoire, par exemple la relation entre
Svaldina et Démerlic...

Comme les pièces musicales furent produites avec des moyens somme toute assez sommaires, vous aurez éventuellement l'opportunité d'entendre des versions "remixées", ayant une meilleure qualité sonore.

Enfin, de nouvelles illustrations couleurs ne manqueront pas de venir enrichir le visuel du projet...Et pourquoi pas quelques fonds d'écran?...

J'espère que vous aurez apprécié ce petit moment en compagnie de Svaldina... Ce fut un plaisir de partager son univers avec vous!

Votre hôte,

Robert Rivard