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Tout commence lorsque des émissaires étrangers se présentent au château afin de demander la main de la jeune Svaldina, car Démerlic, le souverain du royaume d’Anhédonia, s’est mis en tête de l’épouser. Le roi son Père accepte, et Svaldina prend bientôt la route, accompagnée de sa petite soeur Pirpinie et de sa cour.

Au terme d’un éprouvant voyage qui la mène vers la lointaine contrée nordique, la suite royale foule enfin le sol enneigé de la capitale. Svaldina est aussitôt frappée par l’état de délabrement des infrastructures du pays, et par l’apparente pauvreté de ses habitants... Tout ce qui l’entoure lui semble à l’abandon.

Elle découvre bien vite de quoi il en retourne...

Démerlic est un roi fou, incapable de gouverner, et lorsqu’il n’est pas au lit à se morfondre dans des crises de démence qui le paralysent, il s’encanaille dans des beuveries en compagnie d’une cour de nobliaux pervers et brutaux, pour qui toute adversité est soluble dans le sang. Tous les opposants à ce régime autodestructeur l’ont jusqu’ici payé de leur vie, et ce qui représentait jadis l’élite culturelle d’une vibrante civilisation, doit maintenant vivre dans le silence et l’ombre.

C’est plongée dans ce nid de vipères en dentelles que Svaldina prend conscience de sa situation.  Pour survivre, elle devra s’adapter...

Le jour du mariage arrive enfin, où Svaldina doit unir sa destinée à celle du roi fou... La cérémonie est grandiose, et Pirpinie est ivre d’émerveillement. De ses yeux d’adolescente, elle ne voit décidément pas la même chose que sa soeur ainée... Un somptueux banquet nuptial s’ensuit, au cours duquel un inquiétant personnage vient présenter ses hommages à la nouvelle reine. Il s’agit de l’envoyé officiel d’une puissante race de Géants, qui assure un protectorat maffieux à la meute de Démerlic, en échange d’un lourd tribut annuel... Chaque année, un émissaire des Géants passe dans la capitale anhédonienne, afin de renouveler l’alliance par la communion dans le sang d’un bouc. Svaldina sent l’étau se refermer autour de sa gorge... Elle comprend que son lâche de mari n’est pas le vrai maître d’Anhédonia, et que des forces encore plus viles dirigent son pays

Au lendemain du mariage, Pirpinie et sa suite prennent le chemin du retour. Mais des rapaces de la cour de Démerlic, l’ayant trouvée bien appétissante avec ses airs d’oie blanche, décident de se payer du bon temps et la violent dans la forêt nocturne, après avoir passé ses compagnons de route au fil de l’épée.

En cette nuit d’outrage, même les astres du ciel s’unissent aux loups pour hurler leur indignation...

En effet, à l’observatoire du palais, les astronomes constatent l’entrée d’une comète inopinée dans le paysage céleste... Le doute les assaille. Il se trouve que sous cette configuration, l’apparition viendrait confirmer l’antique prophétie anhédonienne selon laquelle un tel astre annoncerait la venue de l’Ultima Regina : la dernière souveraine d’Anhédonia... Une porte ouverte sur une nouvelle ère!

Les jours passent et rien ne va plus. Démerlic s’enfonce de plus en plus dans la vésanie, tandis que ses ouailles corrompues continuent d’abuser du peuple. Svaldina n’a pratiquement aucun contact avec son époux, qui ne semble même plus la voir. La reine cependant, par sa curiosité et son enthousiasme, cultive les nouvelles amitiés. La voilà bientôt entourée d’une foule d’intellectuels et d’humanistes, qui s’agglutinent autour d’elle comme les planètes autour du Soleil. Pour l’homme de la rue, ainsi que pour tous ceux qui vivent terrés dans le silence, il ne fait nul doute que le pays a changé d’axe. Leur destiné ne gravite plus autour du noyau pourri des courtisans, mais sur celui de la nouvelle reine, que dans les chaumières on appelle déjà « petite maman », le coeur rempli d’espoir.

Ses nouveaux amis entreprennent d’instruire la reine au sujet de l’histoire du peuple anhédonien, ainsi que sur sa récente déchéance... Ils racontent que la destinée du pays reposait autrefois entre les mains d’un groupe d’êtres surnaturels de très grande taille, appelés les « Accordeurs de Monde », qui agissaient en tant que guides spirituels auprès de la multitude. Sous leurs bons conseils, une brillante culture a pu se développer, et chaque citoyen parvenait à s’accomplir pleinement ... Sauf Démerlic et sa suite de canailles, qui ourdissaient en cachette de prendre le pouvoir, afin de tout contrôler!Pour parvenir à leurs fins, ils firent alliance avec un peuple de Géants qui régentaient déjà toutes les contrées au nord d’Anhédonia... Par voie de sorcellerie, ils enfermèrent traîtreusement les Accordeurs de Monde dans les entrailles de la Terre, les plongeant en « dormition » tels de gigantesques spectres catatoniques... Depuis ce sombre épisode, Démerlic régnait en maître absolu sur l’Anhédonia, n’ayant pour seule obligation que de verser un lourd tribut annuel aux émissaires des Géants...    Svaldina, bouleversée par le triste récit, jure de tout entreprendre pour dénouer la crise. Ses amis lui révèlent alors l’existence d’une vallée fabuleuse en aval du fleuve où, disent-ils, les ancêtres d’Anhédonia ont jadis construit un magnifique sanctuaire destiné à abriter les plus beaux spécimens de l’héritage culturel de leur civilisation. Peut-être trouverait-elle dans les reliques du passé, une lanterne pour éclairer les eaux troubles du présent. Attisée par la curiosité, elle organise une expédition qui sans tarder, s’active sur le fleuve, à l'insu du roi.

Les navires foncent avec optimisme et bientôt, Svaldina est dans le ventre du sanctuaire, à arpenter de magnifiques salles remplies de toiles, sculptures, bas-reliefs, et manuscrits de toutes sortes. Ces oeuvres témoignent de la prospérité culturelle qui prévalait à l’époque où les Accordeurs éclairaient les anhédoniens de leurs enseignements. Svaldina est bouleversée par ce peuple qu’elle découvre et qu’elle aime. Entourée de ses nouveaux amis, elle s’abandonne à des larmes de joie.

Mais ce que la dernière salle leur révèle les cloue littéralement sur la place :  ils voient la gigantesque statue d’une femme ayant les mêmes traits que Svaldina, paradant triomphalement sur un cheval magnifique, vêtue d’une armure majestueuse!... La prophétie serait donc vraie : Svaldina serait la dernière reine, celle qui mettrait fin à la dynastie du roi fou!

Entretemps, dans la capitale, Démerlic prend connaissance de l’absence de la reine... et la bonde explose! Il considère cette initiative comme un acte d’ultime trahison, et dès le retour des navires, il ordonne l’exécution de tous les sympathisants de la reine rebelle. Une boucherie innommable s’ensuit, au cours de laquelle le peuple, écoeuré, se soulève et porte secours à sa « petite maman ». Le palais est pris d’assaut, et les sordides courtisans sont égorgés comme des porcs. Svaldina, vêtue de son armure ancestrale, est portée en triomphe par le peuple en liesse. Quant au roi fou, on l’enferme dans les entrailles de la Terre, afin qu’il y termine sa mièvre existence de lombric dans l’ombre et l’oubli.

Des messagers sont envoyés aux quatre coins du royaume afin de propager l’heureuse nouvelle. Nouvelle qui parvient bientôt aux oreilles des Géants, qui craignent que ce retournement de situation vienne mettre en danger l’alliance lucrative qu’ils entretenaient avec Démerlic. Et ils ont bien raison, car aussitôt la reine aux commandes des affaires de l’État, elle entreprend des réformes administratives majeures dont les Géants sont d’emblée exclus... Ce sera donc la guerre! La bataille ultime a lieu plus au Nord, en amont du fleuve. La reine Svaldina conduit ses troupes à l’assaut des Géants, armée d’ingénieuses machines de guerre. Les Géants prennent cependant le dessus, et tout semble perdu. La reine redouble d’audace, et par un habile subterfuge, attire l’armée des Géants sur un coude gelé du fleuve. La glace cède sous le poids des colosses, qui sont entraînés dans la mort par la violence des courants. Seul leur chef en réchappe, mais comme le Géant fut grandement affaibli par l’onde glacée, Svaldina parvient à le vaincre en combat singulier... Puis elle défonce le crâne du titan, à l’intérieur duquel se trouve la clé permettant d’annuler le sort de « dormition » des Accordeurs de Monde.

À la suite de quoi la prophétie s’accomplit dans son intégralité.Le sol se met à trembler, et dans une assourdissante explosion qui déchire le ciel, des êtres gigantesques s’extraient avec lenteur et magnificence des entrailles de la Terre. Dans leurs mains graciles, de longues trompettes dorées se déplient tels de tortueux serpents métalliques...

Tandis que les archimandrites anhédoniens psalmodient les dernières strophes de la prophétie, les Accordeurs de monde font tonner leurs prodigieux instruments, remodelant à grands fracas les lieux et les Êtres.

Lorsque le silence revient enfin, tous les yeux sont rivés avec ravissement sur les longues silhouettes blanches, qui se tournent vers le peuple anhédonien d’un air empli de bienveillance.

Sentant les regards loin d’elle, Svaldina se débarrasse nonchalamment de sa couronne et va se fondre dans la foule.

Car sous de tels auspices, à quoi bon servirait le bâton d’un maître?